Charles Baudelaire
Charles Baudelaire


V. [from Les Fleurs de Mal]


J’aime le souvenir de ces époques nues,
Dont Phoebus se plaisait à dorer les statues.
Alors l’homme et la femme en leur agilité
Jouissaient sans mensonge et sans anxiété,
Et, le ciel amoureux leur caressant l’échine,
Exerçaient la santé de leur noble machine.
Cybèle alors, fertile en produits généreux,
Ne trouvait point ses fils un poids trop onéreux,
Mais, louve au coeur gonflé de tendresses communes
Abreuvait l’univers à ses tétines brunes.
L’homme, élégant, robuste et fort, avait le droit
D’être fier des beautés qui le nommaient leur roi;
Fruits purs de tout outrage et vierges de gerçures,
Dont la chair lisse et ferme appelait les morsures!

Le Poète aujourd’hui, quand il veut concevoir
Ces natives grandeurs, aux lieux où se font voir
La nudité de l’homme et celle de la femme,
Sent un froid ténébreux envelopper son âme
Devant ce noir tableau plein d’épouvantement.
O monstruosités pleurant leur vêtement!
O ridicules troncs! torses dignes des masques!
O pauvres corps tordus, maigres, ventrus ou flasques,
Que le dieu de l’Utile, implacable et serein,
Enfants, emmaillota dans ses langes d’airain!
Et vous, femmes, hélas! pâles comme des cierges,
Que ronge et que nourrit la débauche, et vous, vierges,
Du vice maternel traînant l’hérédité
Et toutes les hideurs de la fécondité!

Nous avons, il est vrai, nations corrompues,
Aux peuples anciens des beautés inconnues:
Des visages rongés par les chancres du coeur,
Et comme qui dirait des beautés de langueur;
Mais ces inventions de nos muses tardives
N’empêcheront jamais les races maladives
De rendre à la jeunesse un hommage profond,
– A la sainte jeunesse, à l’air simple, au doux front,
A l’oeil limpide et clair ainsi qu’une eau courante,
Et qui va répandant sur tout, insouciante
Comme l’azur du ciel, les oiseaux et les fleurs,
Ses parfums, ses chansons et ses douces chaleurs!


Charles Baudelaire



Below is an English translation by James McGowan


I Love the Thought… [from The Flowers of Evil]


I love the thought of ancient, naked days
When Phoebus gilded statues with his rays.
Then women, men in their agility
Played without guile, without anxiety,
And, while the sky stroked lovingly their skin,
They tuned to health their excellent machine.
Cybele, in offering her bounty there,
Found mortals not a heavy weight to bear,
But, she-wolf full of common tenderness,
From her brown nipples fed the universe.
Man had the right, robust and flourishing,
Of pride in beauties who proclaimed him king;
Pure fruit unsullied, lovely to the sight,
Whose smooth, firm flesh went asking for the bite!

Today, the Poet, when he would conceive
These native grandeurs, where can now be seen
Women and men in all their nakedness,
Feels in his soul a chill of hopelessness
Before this terrible and bleak tableau.
Monstrosities that cry out to be clothed!
Bodies grotesque and only fit for masques!
Poor twisted trunks, scrawny or gone to flab,
Whose god, implacable Utility,
In brazen wraps, swaddles his progeny!
And pale as tapers, all you women too
Corruption gnaws and nourishes, and you
O virgins, heir to all matemal vice
And all the squalor of the fecund life!

lt’s true, we have in our corrupted states
Beauties unknown to ancient people’s tastes:
Visages gnawed by sores of syphilis,
And one might say, beauties of listlessness;
But these inventions of our tardy muse
Never avert the sickly modem crew
From rendering to youth their deepest bow,
– To holy youth, to smooth, untroubled brow,
To limpid eye, to air of innocence,
Who pours out on us all, indifferent
As flowers, birds, the blue of sky or sea,
His perfumes, songs, his sweet vitality!


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